Livre/Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Charles Peguy

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance. Et je n’en reviens pas. Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite fille espérance. Immortelle ».

Qui n’a pas lu ou entendu ces lignes au moins une fois dans sa vie ? Et plus loin encore…

« Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne. Moi-même. Ça c’est étonnant. Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux. Qu’ils voient comment ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin. Ça c’est étonnant et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce ».

Charles Peguy écrit ce merveilleux poème chargé d’espérance, entre 1911 et 1912. Contre toute attente, « Peguy s’y est engagé en pleine détresse, parmi un champ de ruines. Hormis ses enfants, plus rien n’était sauf de ce qui avait donné sens à sa vie (…) Pour comble de disgrâce, un amour impossible le consumait », écrit Jean-Bastaire dans la préface de l’ouvrage.

Tout au long du texte, l’auteur donne la parole à Dieu qui, ébahi, raconte les hommes, leur vie, la pureté du coeur, la France, la passion… ou même le sommeil… dans cet éternel recommencement, dans cette perpétuelle tension vers des jours meilleurs. Et Dieu s’interroge : « Pourquoi suivez-vous toujours cette enfant de déception ? »

Péguy offre une ode emprunte d’une naïveté et d’une innocence enfantine qui écrit la déambulation humaine dans les mots du quotidien.

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.

J’avoue qu’en présentant ce texte sans césures ni chapitres, je vous fais confiance, car il n’est absolument pas facile à lire. Les répétitions, si chères à Péguy, mais qui peuvent être déroutantes, le poète Maeterlinck disait que « Péguy prenait ses lecteurs pour des imbéciles et qu’il répétait trente six fois la même chose de peur qu’ils ne comprennent pas du premier coup », instituent une sorte de progression dans l’affirmation, quitte à ce qu’elle devienne une véritable incantation tout en créant une musique, la répétition jouant une sorte de refrain. Les plus récalcitrants jetteront l’éponge. Pourtant, chacun pourra y saisir le réconfort d’une parole ; le livre fourmille de perles aussi belles que profondes. Je vous laisse redécouvrir ce trésor complètement à part dans la littérature.

En attendant, je vous adresse mes meilleurs voeux pour une année toute chargée d’espérance !

Fiche technique du livre
Auteur : Charles Peguy
Editeur : Poésie Gallimard, première publication 1929
Nb de pages : 192 pages
Genre : Poésie

Photo tête d’article : Alexas_Fotos de Pixabay

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