Nouvelle/Rochebrune, Episode 4

Résumé des précédents épisodes : Rochebrune est revenu sain et sauf de son duel avec Villeneuve. Il a révélé à son ami, Saint-Germain, que sa femme Edmée, enterrée dix ans plus tôt, n’était pas morte. A l’article de la mort, Villeneuve lui a indiqué qui contacter pour la retrouver.

A écouter – Rochebrune, 4e épisode

Galopant à bride abattue, le cheval de Rochebrune écumait. La nuit était avancée, la lune pleine dans un ciel sans nuage éclairait d’une lumière irréelle la route qui serpentait à flanc de colline.

Dans un tournant, il croisa à contre sens une calèche dont la capote était relevée et qui roulait à pleine vitesse malgré le mauvais état du chemin. Il était trop tard pour s’arrêter. Elle fit une embardée et vint rouler sur le talus, mangeant la roche sur le bas-côté. Rochebrune entendit la voiture craquer. A peine se retourna-t-il pour apercevoir le visage d’une femme à travers la petite fenêtre à l’arrière. La calèche poursuivit sa course, lui-même se remit en route, tirant sur les rênes, aiguillonnant de la voix son cheval qui s’était cabré.

Il arriva à l’abbaye peu de temps après. Il distinguait les bâtiments au-delà du portail en chêne mais nulle lumière ne perçait à travers les fenêtres. Il mit pied à terre et heurta avec vigueur le marteau. Le cheval piaffait, soufflait. Rochebrune flattait son encolure de la main. Il se mit à crier. Edmée occupait toutes ses pensées. Il oscillait entre espoir de la revoir et crainte de ne pas la trouver. Qu’était-elle devenue ? 

Il frappait de nouveau le portail, s’était agrippé aux grilles se demandant s’il pourrait l’enjamber, mais une voix tremblotante le surprit. « Qui va là ? » « Rochebrune. Je voudrais voir Mère Agnès, je viens chercher Edmée. Je vous en prie, laissez-moi entrer, il y a… » Le portail s’ouvrit. La sœur tourière, une femme courbée, l’œil perçant sous son voile, apparut une bougie à la main. Elle porta la lumière de la flamme vers le visage du visiteur tout en le scrutant. « Suivez-moi ».

Ils traversèrent une cour, la religieuse l’introduisit dans un bâtiment bas attenant au couvent qui s’élevait sur la gauche. Elle fit tinter les clés dans sa main. Rochebrune attacha les rênes de son cheval à l’anneau sur la façade. La sœur ouvrit la porte sur un petit salon qui devait servir de parloir et, tout en allumant les quelques bougies qui étaient dans la pièce, l’invita à s’assoir. « Merci ma sœur, je vais attendre debout ».

Rochebrune n’eut pas longtemps à attendre. Une petite femme vêtue d’une bure blanche et d’un voile noir parut sur le seuil. Elle se dirigea vers lui les mains tendues. « Rochebrune, Edmée vient de partir. » « Partir ? Comment ça ? Était-elle chez vous ? » Avec fierté, Mère Agnès concéda l’avoir cachée toutes ces années. Puis, le tenant toujours par les mains, son regard inquiet cherchant à retenir le sien, elle ajouta : « Votre ami est venu la chercher » « Mon ami ? Quel ami ? » « Monsieur de Saint-Germain ! Edmée était tellement impatiente. Elle vous attend depuis qu’elle a reçu un messager ce midi. Entendant son nom et qu’il venait de votre part, le connaissant elle-même comme étant votre plus proche ami, elle est entrée pendant que nous discutions et m’a convaincu de la laisser partire, bien que les ordres de monsieur de Villeneuve aient été formels. N’est-il pas votre plus proche et plus fidèle ami ? »

« Après toutes ces années à la protéger, serait-il possible qu’elle soit tombée dans un piège ? »

Rochebrune interdit, éperdu, se mit à tourner dans la pièce se passant la main dans les cheveux, le bruit de ses bottes faisaient grand bruit sur les tomettes. Mère Agnès mit sa main devant sa bouche et gémit la voix cassée, « Après toutes ces années à la protéger, serait-il possible qu’elle soit tombée dans un piège ? » Rochebrune se précipita vers Mère Agnès. « Comment sont-ils venus ? » « En voiture, une petite calèche légère… » Déjà Rochebrune ouvrait la porte. « Je les ai croisés tout à l’heure, je devrais pouvoir les rattraper, ils ont peu d’avance ». Comme il sortait, Mère Agnès le suivit. « Hâtez-vous ! » Rochebrune fouetta son cheval qui partit au galop. 

De la hâte, de la détermination, Rochebrune n’en manquait pas, pas plus que de la rage. Il rejoignit rapidement l’endroit où il avait croisé la calèche. Il n’eut pas à aller beaucoup plus loin. A quelques temps de là, la voiture était au bord de la route, le cocher, en manche de chemise, s’affairait auprès d’une roue. Rochebrune arrêta son cheval, s’avançant à grand pas, il se mit à crier : « Où sont-ils ? » Le cocher détourna la tête mais n’eut pas le temps de répondre. Rochebrune entendit un petit cri sourd puis la voix de Saint Germain : « Ne bougez-pas Rochebrune ou je la tue ». Il leva les yeux. Un peu plus haut, en surplomb de la route, sur un petit escarpement rocheux, Saint-Germain tenait Edmée par derrière, bâillonnée, un pistolet était posé sur sa tempe. Rochebrune regarda Edmée. Un instant, leurs yeux se croisèrent et ils se reconnurent. Reprenant ses esprits, Rochebrune fit un pas en avant. « N’avancez pas ou je la tue ». La voix de Saint-Germain avait une dureté inconnue. Rochebrune s’immobilisa. « Que faites-vous Saint-Germain ? » Sa voix était assurée, forte. Son ami se mit à rire. « Je règle mes dettes ! » « Je ne comprends pas. » « Vous ne comprenez pas ? Je joue mon ami. Je joue… et je perds. Il me faut bien rembourser mes créanciers ». « Prenez ma maison, mes terres. Laissez Edmée ». La voix de Saint-Germain se fit cassante. « Cessons, je manque de temps. Donnez-moi votre cheval. Je pars, Edmée vient avec moi ».

Soudain, le visage de Saint-Germain pâlit, il se retourna à plusieurs reprises, l’air inquiet de l’homme traqué. Il lâcha Edmée qui s’effondra sur la pierre et se mit à courir dans les cailloux de la colline. Un coup de feu retentit. Saint-Germain s’effondra. Rochebrune qui s’était précipité auprès d’Edmée, se retourna. Villeneuve boitillait en direction du couple, la main gauche soutenait son ventre bandé. A sa main droite pendait une arme. Deux hommes en pelisse l’entouraient, deux autres descendaient la colline. Ils se saisirent de Saint-Germain dont le bras saignait abondement et le firent descendre. « Au Chatelet Saint-Germain, la fête est terminée. Elle a assez durée. » Villeneuve se tourna vers Rochebrune et Edmée. « Un de mes hommes est un agent double. Il a eu connaissance de la lettre que je vous ai adressé ce soir et de son contenu. Je crois que nous sommes arrivés juste à temps. » Il ajouta en riant à l’adresse de Rochebrune, « vos remèdes sont très efficaces et heureusement… vous êtes très mauvais tireur ». Il s’en retourna toujours clopinant alors qu’une voiture de police, tirée par deux chevaux, s’avançait pour embarquer Saint-Germain.

Vous voulez connaître la suite ? A vous de jouer… donnez votre avis en commentaire : Tout est bien qui finit bien ? Et quel sera donc le fin mot de l’histoire ? Rendez-vous la semaine prochaine sur l’accent circonflexe pour découvrir le dernier épisode !

Photo tête d’article : James Tissot, photo L’accent circonflexe.

2 commentaires sur “Nouvelle/Rochebrune, Episode 4

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  1. Suspens… Il me tarde de lire la fin du feuilleton, les retrouvailles (que j’imagine tendres), entre Rochebrune et Edmée, les premiers mots qui signeront la fin de leur cauchemar.

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