Nouvelle/Rochebrune, Episode 3

Résumé des précédents épisodes : Après avoir défié Villeneuve en duel, Rochebrune revient sain et sauf chez lui. Il révèle à son ami, Saint-Germain, que sa femme Edmée, enterrée dix ans plus tôt n’est pas morte.

Rochebrune, 3e épisode à écouter.

La pluie avait cessé au début de l’après-midi laissant la place à un soleil incertain qui peinait à réchauffer la terre. Après le départ de son ami, Rochebrune, qui frissonnait de froid et d’inquiétude, avait essayé de s’intéresser à ses affaires, mais le souvenir du duel, l’image de Villeneuve touché, la chemise ensanglantée, l’empêchaient de se concentrer. 

La nuit commençait à obscurcir le ciel, le soleil offrait au fleuve ses derniers rayons d’or quand Rochebrune sortit et se dirigea vers son atelier. Il pensait trouver dans le soin des plantes qu’il cultivait dans la serre attenante, le début d’une sérénité. Marchant dans l’allée, il sursautait au crissement de ses propres pas sur le gravier. Il essayait de se raisonner mais son cœur lui renvoyait sans cesse les images du petit matin et il voyait, en même temps, s’éteindre l’espoir de revoir Edmée.

Il avait à peine poussé la porte de l’atelier qu’un bruit léger le fit se retourner. Sortant de derrière un buisson, une ombre imperceptible se glissa jusqu’à lui. Retrouvant brusquement son sang-froid, Rochebrune ferma la porte derrière son visiteur lui interdisant toute retraite. C’était un enfant. Un de ces enfants qui courent les rues, invisible, crasseux, chapardeur, s’offrant pour maints services des plus nobles aux plus vils en échange d’une misérable piécette. Il ne devait pas avoir plus de 10 ans. La casquette vissée sur la tête, l’œil buté, il tendit une lettre à Rochebrune, une enveloppe blanche dont ce dernier reconnut immédiatement le sceau. Rochebrune fouilla fébrilement dans la poche de sa jaquette, en tira quelques pièces qu’il tendit au gamin, mit un doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence et ouvrit la porte. L’enfant fit un signe approbateur de la tête. La précaution était inutile, nul doute que la même consigne lui avait été adressée par le commanditaire. L’enfant prit la pièce et disparut. Rochebrune essaya de deviner son ombre à travers le jardin mais il perdit vite sa trace. Ayant pris soin de vérifier que nulle âme n’errait alentours, il ferma de nouveau la porte avec précaution.

S’avançant dans la pièce, il s’assit à moitié sur le canapé en osier couvert de coussins aux dessins chamarrés, des tissus qu’il avait rapportés de son voyage autour de la Méditerranée, et de confortables couvertures. Le corps basculé en avant, les coudes sur ses genoux, le cœur battant, il déplia la lettre.

J’ai tout fait pour nous éviter ce duel, je ne pouvais que me taire.

Cher Monsieur,

Puisque je meurs, je vous dois la vérité sur votre épouse. Vous doutez qu’elle soit morte, vous avez raison. Edmée vit.

Comme vous le savez, à la mort du Conte qui n’avait laissé qu’un château en piètre état et fort peu de biens, j’ai fait mon possible pour permettre à Edmée, désormais orpheline, de vivre le plus paisiblement possible. Je crois y être arrivée. J’étais entré deux ans auparavant au Chatelet où j’étais au service de l’inspecteur général. En rentant le soir dans l’hôtel de Combais où nous habitions, je lui racontais parfois l’une ou l’autre affaire en cours. Elle s’y intéressait énormément, plus curieuse qu’inquiète de mon sort. Deux ou trois fois, j’ai eu la faiblesse de lui permettre de me servir d’intermédiaire. Je pensais qu’il s’agissait d’affaires de peu d’importance. Quand vous l’avez épousée, il n’a bien entendu plus été question de l’associer de près ou de loin à mes activités.

Seulement, il y a dix ans, un agent que je croyais insignifiant l’a reconnue et mise en danger. J’ai dû agir vite, très vite. Il fallait la protéger et je n’ai eu d’autre recours que de simuler cet accident terrible. Tous y ont cru. Sauf vous-même, je m’en suis rapidement rendu compte. Par chance, vous êtes d’un tempérament discret. Je pensais qu’une fois l’affaire classée, rapidement classée, je pourrais vous rendre Edmée. Mais les jours, les mois, les années ont passé. L’enquête qui met en cause des proches du pouvoir n’est toujours pas close. Il nous faut découvrir l’intermédiaire de cette crapuleuse histoire.

J’ai tout fait pour nous éviter ce duel, je ne pouvais que me taire. J’ai préféré disparaître, espérant que ma piste effacée, Edmée pourrait retrouver sa liberté. Ce n’est sans doute, encore à cette heure, qu’un vœu pieu. Qu’importe. Il vous incombe désormais de la protéger. Mère Agnès, de l’Abbaye de la Coudre, vous recevra. C’est une parente éloignée et les relations de son ordre avec l’Etat en font une parfaite couverture. Avez-vous seulement pensé à y chercher Edmée ? Mère Agnès sait qu’elle ne doit en référer qu’à vous. Je lui ai déjà écrit en ce sens. Edmée se languit de vous. Retrouvez-la, protégez-la.

Votre Serviteur, Alexandre de Villeneuve 

Rochebrune, froissant la lettre à force de la serrer dans ses mains, avait bondi. Il sortit de l’atelier pour se diriger à grands pas vers la maison. En montant l’escalier du perron, il appela et sa voix était comme celle du tonnerre. « Firmin, faites seller mon cheval. Hâtez-vous ! »

Vous voulez connaître la suite ? A vous de jouer… donnez votre avis en commentaire : Rochebrune retrouvera-t-il Edmée ? Dans quel état ? Rendez-vous dans la semaine prochaine sur l’accent circonflexe pour découvrir le quatrième épisode !

Photo tête d’article : Peder Severin Kroyer, photo L’accent circonflexe.

2 commentaires sur “Nouvelle/Rochebrune, Episode 3

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  1. Dès son arrivée à l’abbaye de la Coudre, Rochebrune sent que quelque chose de grave s’est passé. Il demande à rencontrer mère Agnès, et déclinant son nom, la réaction d’une des soeurs, apeurée, le surprend. Elle s’enfuit en criant « C’est lui, c’est lui… »
    Rapidement Rochebrune la rattrape, et saisissant son bras, il lui demande de le conduire le plus rapidement possible auprès de la supérieure « Oui… » lui répond-elle, tremblante, « Oui… »
    Elle le guide vers une chapelle sombre. Il y distingue une femme agenouillée, en plein recueillement.
    « Mère Agnès? Je suis Rochebrune, je viens chercher ma femme, Édmée »
    Mère Agnès recule et son visage se trouve éclairé par la lumière provenant d’un petit vitrail. Rochebrune découvre un visage affligé.
    « Oh, si vous saviez!. Nous vous attendions tellement… Mais un homme est venu il y a peu, s’est fait passer pour vous. Il était accompagné de 2 autres personnes semblables à lui. En toute confiance, j’ai fait appeler Édmée. Dès qu’elle est apparue, ils se sont précipités sur elle et l’ont enlevée malgré nos cris et sa résistance. Depuis je suis désespérée. »
    Rochebrune sent le sang monter à ses tempes. Il reste peut-être très peu de temps à Édmée à vivre. « Pouvez-vous me décrire l’homme? » demande-t’il ?
    Il écoute avec une attention fiévreuse et s’interroge. Comment pourrait-il connaitre l’homme? Et qui d’autre a su que Édmée était vivante? Qui l’a su ?
    « Non » dit’il « Non! » « Ce n’est pas posiible » « Non… »
    Et pourtant dans la description faite par mère Agnès, il lui semble reconnaitre … Saint-Germain… son ami Saint-Germain. Trahison…

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