Livre/La grande épreuve, Etienne de Montety

Grand prix du roman 2020 de l’Académie française, La grande épreuve est un roman surprenant à plus d’un égard. Sans doute d’abord parce qu’il met en scène des évènements contemporains dont les clés de compréhension nous sont désormais trop étrangères. 

Un prêtre, un policier, deux jeunes en marge que tout oppose, une religieuse, ce livre choral fait converger chaque protagoniste vers l’Église d’un petit village du sud-ouest de la France, Brandes. Librement inspiré – jusqu’à quel point ? – de l’assassinat du père Jacques Hamel survenu le 26 juillet 2016 dans son Église de Saint-Etienne-du-Rouvray, chaque personnage est décrit avec beaucoup de finesse et plus encore de justesse. Le lecteur va partager l’itinéraire intime de chacun d’eux, tandis que la question du sens de la vie s’impose dans un contexte social décomposé. 

« – Rien ne justifie le recours à la violence, Hocine.

– Quand tu attaques la religion de quelqu’un, c’est comme si tu t’en prenais à sa mère (…) Un fils défend sa mère, un croyant l’islam. Pourquoi on ne peut pas le dire ?

David écoute, interdit. Il est aussi un peu effrayé par ce qu’il entend. C’est comme si surgissait sous ses yeux une contre-société. En apparence, tous ces hommes vivaient en France, parlait français, pensaient en français, et n’étaient le qamis et la barbe, ils ressembleraient à des citoyens ordinaires. Mais leur réflexion sur la société, le mariage, la médecine n’est pas ordinaire. On peut donc penser autrement que les médias sur l’islam, Israël, les Palestiniens.

Cette découverte le fait frissonner ».

Le père Georges Tellier est particulièrement vrai dans son idéal de prêtre : sa vocation, sa foi, le service des autres, les tentations, la fidélité au sacerdoce, la grâce. 

« Le père Georges Tellier est seul dans son église, assis au premier rang. Il n’y a que le silence dans le dépouillement des pierres qui l’apaise, après sa journée. Il ne prie pas ; trop fatigué pour ça, il se tient simplement sur le banc, les yeux mi-clos. Régulièrement, il les ouvre et fixe le grand crucifix au fond du chœur. Il l’a regardé mille fois, habitué à cette représentation d’un homme suspendu par les mains et les pieds, le flanc percé.

Mais cette fois il Le voit. »

Sa fin, sobre, est bouleversante. 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Remarquablement mené, le processus narratif est implacable. Le roman, précis, prend par endroit des allures de documentaire. C’est probablement l’une des rares critiques à opposer à ce texte intelligent, factuel, qui offre un récit poignant de la montée du terrorisme servie par un islamisme radicalisé dans une société qui ne sait plus réguler la violence. Etienne de Montety, journaliste, écrivain et directeur du Figaro littéraire, parle de foi, d’engagement qu’il soit religieux ou même laïc à travers la figure de Frédéric Nguyen, le policier de la BRI, pour décrire un engrenage. « Il s’agit moins pour le romancier de condamner une abjection que d’essayer de l’éclairer spirituellement », note l’Académie française à l’occasion de la remise du prix. 

Notre époque dite civilisée est celle qui voit, entre attentats, zones de non droit,… le retour de la barbarie. L’auteur met en relief les points de rupture, interroge. Quelle réponse donnerons-nous ?

Fiche technique du livre
Auteur : Etienne de Montety
Editeur : Stock, août 2020
Nb de pages : 388 pages
Genre : Roman

Photo tête d’article : jplenio de Pixabay 

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