Noël/La pastorale des santons de Provence

« Moi, je suis l’Ange Boufaréou. Ils m’ont appelé comme ça à cause des grosses joues que j’ai fini par attraper à force de jouer de la trompette chaque fois que le Bon Dieu est content. Et cette nuit-là, jamais il avait été aussi content de sa vie, le Bon Dieu : il allait être papa d’un instant à l’autre, et moi, j’avais jamais soufflé aussi fort dans mon instrument ».

C’est une institution. Tous les ans, avant Noël, je retrouve la voix inégalable de Michel Galabru, de l’Ange, de la Pastorale des Santons de Provence d’Yvan Audouard. Je me repasse le CD – je suis restée très old school -, je me remplis l’oreille de l’accent du midi, ça sent les cigales et la lavande. Même en plein hiver. Et… je me régale. C’est un peu une entrée en matière, un apéro avant la fête. Souvent, j’en profite aussi pour distiller des chants de Noël, les chantonner sur mon vélo, histoire d’être bien dans l’ambiance le jour J.

En Provence, du 26 décembre au 2 février de chaque année, des troupes de pastoraliens composées des gens des villages donnent en spectacle les versions multiples, foisonnantes, le plus souvent drôles, parfois plus austères, revisitées « selon l’humeur et la couleur du temps », précise Marcel Pagnol, du mystère de Noël. Côté acteurs, on entre dans la Pastorale à 12 ans et on joue quelque fois jusqu’à 80 ans… ! Certains finissent par connaitre tous les rôles par cœur et soufflent à ceux qui ont, à l’occasion, quelques défaillances de mémoire… Ne vous y tromper pas, sous des dehors rigolards, vous assistez à bien plus qu’un petit conte pour enfants sages. 

Des santons à la pastorale

Allons, un peu d’histoire… Aux XIXe siècle, à Marseille, nous sommes à l’heure de la révolution charbonnière, le jeune Antoine Maurel, il est miroitier et doreur, est sollicité par son curé pour écrire une pièce de théâtre pour Noël. Quelques années plus tôt, vers 1800, les premiers santons, « petits saints » de Provence, ont fait leur apparition, « inventés » par Jean-Louis Lagnel. Moulés en argile puis peints, représentés en costumes traditionnels, ils remportent un immense succès. Pour la trame, elle est tiré de l’évangile de Saint Luc, mais Antoine Maurel y rajoute des chants traditionnels déjà connus, sur lesquels les paroles sont réécrites pour obtenir une sorte d’opérette chrétienne avec une partie chantée et une autre déclamée, le tout jalonné d’évènements comiques.

La Pastorale, comme les santons, renoue avec le costume traditionnel délaissé par la modernité : les coiffes, les jupes d’indiennes, les caracos… mais aussi avec sa langue puisqu’elle est écrite en provençal ! A ce titre, la pastorale d’Audouard, tout en français, est une quasi-hérésie qui fait notre plus grand bonheur.

Bon, mais je continue… La pastorale fait école. Elle est reprise, réinventée dans tous les villages. Aujourd’hui, il en existe plus de 250 versions !

Une histoire immuable

Mais je vois que vous vous impatienter. Qu’est-ce que ça raconte ? Et bien… ce qui se passe la nuit de Noël. Les santons se réveillent et se dirigent vers la crèche. Et ça donne lieu à toutes sortes de rebondissements, folies, aventures… Parce que les santons… ils sont drôlement humains. Vous trouverez par exemple le meunier feignant qui a attaché les ailes de son moulin pour qu’elles ne le réveillent pas, la poissonnière qui vend une marchandise « légèrement » avariée et Pistachier, son mari froussard. Dans la montagne, vous croiserez le berger qui pleure son chien mort et battant la campagne, Roustido, qui a refusé d’accueillir la Bonne Mère et qui appelle : « Mireille », sa fille qui veut que Vincent, son amoureux, « l’enlève ». Tous les personnages, bœuf et âne compris, sont croqués avec une délectable humanité. J’accorde cependant une mention spéciale à deux santons. Au Ravi, « le monde sera merveilleux tant qu’il y aura des gens comme toi capable de s’émerveiller », l’inutile bienfaisant dont le cœur déborde d’intelligence. Et à l’aveugle. 

« La Sainte Vierge : Tu me rends grâce, toi qui vis dans la nuit. Tu chantes mes louanges, toi qui es enfermé dans la plus sombre des prisons ?

L’Aveugle : Le Ciel, tu me l’as donné, la lumière, elle est en moi, et je me sens libre comme l’oiseau.

Saint Joseph : Marie, ma belle, il faut faire quelque chose pour cet homme. Tu n’as qu’un mot à dire.

La Sainte Vierge : Mon Dieu, qui, ce soir, avez exaucé tous mes désirs…

L’Aveugle : Non, non, Bonne Mère. Non, ce n’est pas la peine. Ne le dérangez pas. Je sais que le monde est beau, puisque c’est lui qui l’a fait, mais je suis sûr que le ciel est encore plus beau puisque c’est là qu’il habite. Non, demandez-lui seulement que je n’aie pas longtemps à attendre. Faites que j’ouvre les yeux le jour de ma mort, faites que je voie quand ça vaudra vraiment la peine de voir ».

Tout ce petit monde s’est retrouvé à la crèche, lieu où les pardons et les miracles surabondent… « La nuit de Noël est la nuit des merveilles », écrit Yvan Audouard. Mais ça, vous l’aviez compris. A tous, très bonne fête de Noël !

2 commentaires sur “Noël/La pastorale des santons de Provence

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  1. Je recommande très vivement
    Merci Marie-Anne.
    J’ai exactement la même tradition d’écouter la « Pastorale des Santons de Provence » d’Yvan AUDIARD chaque année.
    Une année, j’ai voulu acheté le disque et me suis procuré une autre version de « Pastorale ». Je n’y pas du tout retrouvé la qualité extraordinaire de la traduction de « l’originelle » par AUDIARD !
    Désormais cette « merveille » capable de toucher réellement nos coeurs est disponible sur internet. En voici un lien :

    Encore Merci Marie-Anne pour tous ceux qui grâce à ton article écouteront cette « opérette » « inspirée » de Noël !!…

    Florence

    Aimé par 1 personne

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