Livre/L’éternité n’est pas de trop, François Cheng

« Lan-Ying, peut-être que si tu as accepté de revenir en ce monde et d’y rester encore, c’est dans le dessein de m’apprendre à dialoguer, enfin véritablement, avec toi, non seulement par le corps mais par l’âme. Comme l’étranger, tu crois à l’âme, n’est-ce pas, cette chose qui ne se détériore ni ne pourrit, seule capable de défier le temps. Il y a tant de choses entre homme et femme qui n’ont pas été dites et qui veulent être dites. Ce qui est à dire est l’infini même que l’éternité n’épuisera pas ».

Ce roman est un moment d’une rare pureté, il a le goût d’un torrent de montagne rafraichissant et bienfaisant. C’est pourtant l’histoire d’un amour porté à l’incandescence. 

A l’époque Ming, dans la Chine du XVIIe siècle, Dao-sheng, jeune violoniste devenu devin et médecin, descend de la montagne où il exerçait son art auprès du monastère taoïste, pour retrouver la femme dont il a croisé le regard trente ans auparavant et qu’il n’a jamais pu oublier. Éloigné de force, il revient avec le seul désir de la revoir. Quant à elle, mariée contre son gré à Second Seigneur, un noble du pays sans grandeur d’âme, ni cœur, Lan-ying, « fine orchidée », vit, grise et recluse chez son époux, tournée vers les pauvres qu’elle nourrit avec cœur. Elle tombe malade…

Cette histoire, François Cheng, le Chinois immortel de l’Académie française, raconte l’avoir découverte par hasard dans un vieux manuscrit qu’il n’a pu retrouver lors d’un second séjour dans l’ancienne abbaye de Royaumont. Aussi, pour conserver intacte cette fabuleuse aventure, il réécrit le roman. Pour notre plus grand bonheur.

Poète, romancier, l’auteur est un contemplatif qui porte son regard au-delà des apparences, au-delà des choses, au-delà de ce que saisissent les mots : « J’ai abandonné la divination n’écoutant plus que la voie du cœur », dit Dao-sheng. 

A l’heure de la vague #metoo et du féminisme débridé, François Cheng nous offre de magnifiques pages sur la femme, son insondable mystère, découverte à travers le regard de l’homme. Regard vicié, possessif et arrogant de Second Seigneur, celui limpide, émerveillé, de Dao Cheng. Cette ode à l’amour de l’homme et de la femme, d’une pudeur et d’une délicatesse magnifiques, tisse la toile de ce roman, dont l’histoire lente, abondante, se savoure dans les moindres détails. Jamais sensuel ni érotique, le dialogue amoureux s’épanouit dans le silence en une intime communion d’âme qui invite au dépassement. Un mélange de Princesse de Clèves, de Tristan et Yseult à la chinoise. Encore que…

« Le proverbe dit vrai : un lotus pousse dans la vase d’un étang, mais aucune boue ne peut entacher ses pétales purs comme jade ». Comment ne pas mentionner aussi la très belle histoire du serviteur Lao Sun, amoureux d’une ancienne servante vendue comme prostituée par son maître…

Tout est bien qui, à la fin, finit bien ? Ça, je vous laisse le découvrir…

Fiche technique du livre
Auteur : François CHENG
Editeur : Albin Michel, 2002
Nb de pages : 288 pages
Genre : Roman

Photo tête d’article : DarkmoonArt_de de Pixabay 

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