Ciné/J’accuse

5 janvier 1895. Le film s’ouvre sur la scène de dégradation du capitaine Dreyfus. Il est accusé de haute trahison. Une scène brutale, d’une très grande violence, filmée sans fioriture, circonscrite pourtant dans le rituel et l’apparat militaire. Dehors la foule hurle.

A cent vingt ans de distance, c’est la première fois qu’un film français raconte l’affaire qui a durablement divisé les Français.

Alors que Dreyfus est envoyé purger sa peine en Guyanne sur l’île du diable, le colonel Picquart, ancien instructeur de Dreyfus, dont la caméra nous fait emboiter le pas, est nommé à la tête des services de renseignements de l’Etat major. C’est là qu’il découvre, presque malgré lui, que les preuves établies contre Dreyfus sont des faux. Le véritable traître s’appelle Esterhazy. Bien qu’antisémite, il se fera l’instrument de la réhabilitation du militaire. Il ne le défendra parce qu’il a de l’affection pour lui, mais parce que l’accusé est visiblement innocent et qu’un sens du devoir, de la vérité, ne lui permet par de l’ignorer. Face à la corruption des politiques, une armée embourbée dans ses erreurs, il s’obstine. Son destin lui fera croiser Emile Zola…

« Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes: d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres », explique Emile Zola, dans son célèbre J’accuse publié dans l’Aurore le13 janvier 1898. Cette citation n’est pas dans le film, vous en entendrez d’autres, mais comment ne pas vous en donner un peu le goût ?

Le film est remarquablement construit, les reconstitutions des services de renseignements notamment sont minutieuses et passionnantes, les images sont magnifiques. Au fur et à mesure que le colonel Picquart, dont Jean Dujardin donne une interprétation extrêmement juste, rassemble les pièces qui conduisent à établir l’innocence de Dreyfus, il semble se perdre dans les rouages d’une machine qui menace de le broyer.

Petit clin d’œil du réalisateur, Roman Polanski apparaît parmi les figurants en habit d’académicien à l’occasion de la scène du concert. Et justement, puisque nous l’évoquons… le film justifiait-il un tel boycott ? 12 fois nominé pour les César 2020 pour ses qualités – en tous cas on peut le supposer –, il recevra entre autres le César du meilleur réalisateur suscitant la honte de certains et les réactions épidermiques assez déplacées d’autres. Après la licence des mœurs largement prônée dans l’après mai 68, assisterait-on à l’avènement d’un féminisme puritain et justicier qui justifie la mise au ban d’une œuvre ?

Au-delà de la polémique, comment ne pas vous inviter à abuser du confinement pour vous procurer le film et replonger dans ce moment de l’Histoire tout en profitant d’un vrai plaisir cinématographique ?

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