Expo/L’itinéraire d’un dessinateur d’humour, Sempé

N’avez-vous jamais ri en parcourant les salles d’une exposition ? Et bien en vous faufilant parmi les visiteurs de l’atelier Grognard de Rueil-Malmaison (92) pour suivre l’Itinéraire d’un dessinateur d’humour, une exposition consacrée à Jean-Jacques Sempé, vous n’y résisterez pas. Vous ne serez d’ailleurs pas le seul, à côté des vôtres, d’autres petits gloussements répondront tant ce trublion sait traquer avec autant d’intelligence que de bonhommie les situations cocasses dans lesquelles nous nous débattons.

De ses premiers dessins signés DRO dans Sud-Ouest en 1950 à la couverture du New Yorker de septembre 2019, l’exposition présente 300 dessins originaux parmi lesquels beaucoup d’inédits. Au fur et à mesure, « le trait sec et rugueux gagne en précision, en fluidité. Les gags habiles des débuts laissent place à un souci constant des détails et des décors ». L’humoriste dévoile le fin pschycologue et laisse place à un observateur qui finit par dresser le portrait « décalé et bienveillant » d’une époque entre ambitions et doutes où l’humain, parfois submergé, reste toujours à la première place.

Mention spéciale pour ce morceau d’anthologie que constitue le recueil des dix façons d’attraper un rhume… qui vaudra au dessinateur de s’essayer à la couleur – Photo : Photo : ©fC.

Mais pour raconter Sempé, rien ne vaut Sempé lui-même : « Quand je commence à dessiner, pour me mettre en train, comme un pianiste fait ses gammes, je dessine toujours un grand immeuble, ou un arbre, avec un petit monsieur ou une petite dame qui passe en dessous. Disons que je joue sur le contraste ».

Sempé – Photo : ©fC.

Ces dessins sont drôles, jamais ni caustiques, ni ironiques et c’est sans doute leur secret. Il existe chez Sempé une tendresse particulière pour ses sujets qui lui permet de révéler d’un trait l’essentiel à travers ou malgré une espèce de banalité du quotidien : « Je ne crois pas que je dessine beaucoup de gens condamnables, qui aient besoin d’excuses. Je ne les excuse pas, ils vivent… Mes personnages sont de petites personnes comme vous et moi qui cherchent seulement à se débrouiller dans la vie ». Compatissant, sans misérabilisme, Sempé s’étonne, regrette, s’amuse aussi du monde qui l’entoure… Comment ne pas raffoler du dessin de ces ballerines qui s’envolent au moindre courant d’air ? Force est de constater que c’est toujours avec une justesse de ton qu’il rapporte ce qu’il entrevoit : « En écoutant les uns et en observant les autres, j’en déduisais des choses pas toujours justes, mais j’en déduisais des choses. Après, je rentrais chez moi, je réfléchissais et je tentais de rendre compte de ‘atmosphère, d’évoquer en souriant ce que j’avais entraperçu ». Après, « j’ai l’impression que ce que je fais, un peu déformé forcément, puisque j’écris avec mon écriture et mes dessins, ce sont des documentaires très rapides sur ce qu’on va appeler le comportement humain, ou l’angoisse humaine, ou la peu existentielle, ou la crainte existentielle. C’est comme ça ». Pour lui, « le dessin d’humour, ce n’est pas grand chose. Comme dans le jazz, l’art, c’est de suggérer. C’est terrible, c’est le contraire de notre époque qui enfle tout. Le dessin d’humour comme le jazz, c’est l’humilité ». Une forme de sagesse ?

Sempé – Photo : ©fC.

Paris Match, L’Express, Le Figaro, Le Nouvel Observateur,… mais aussi Punch ou le New Yorker dont il n’osait pousser la porte en 1965 et qui publie en 2019 sa 113e couverture signée Sempé ! Quand il évoque sa collaboration avec le magazine américain, il dit : « Au New Yorker, j’ai eu l’impression de travailler pour quelqu’un qui accordait de l’importance à ce que j’avais fait, tandis qu’à Paris, j’avais l’impression que j’avais travaillé pour un journal. Et un journal, c’est une entité extrêmement évanescente » ou encore « Au New Yorker, on en dit pas ‘dessinateur’, on dit ‘artist’. On ne dit pas ‘journaliste’, on dit ‘writer’, écrivain. C’est un hebdomadaire avec des règles très strictes, une revue littéraire, pas vraiment un journal… »

Sempé – Photo : ©fC.

Il est évidemment impossible de parler de Sempé sans évoquer Le petit Nicolas, dont la première planche sort en septembre 1955, pour un journal belge, Moustique, repris plus tard dans Sud-Ouest dimanche, jusqu’à ce que les éditions Denoël transforme ces aventures en albums. « Le petit Nicolas, explique Sempé, c’est d’abord une histoire d’amitié. Nous avons mis nos souvenirs d’enfance en partage. Je racontais à René mes histoires de football, de colonies de vacances, mes chahuts  à l’école. Et René Goscinny adorait interpréter ces souvenirs. Partant de ce que je disais, il a brodé tout autour, inventé tous les personnages, imaginé des situations, et nous avons fait Le petit Nicolas tel qu’on le connaît. Disons que sans René Goscinny, il n’y aurait pas eu de « Petit Nicolas ». Et ajoutant que sans moi, il n’y aurait pas eu de « Petit Nicolas » non plus ! Vous avez raison : nous étions de vrais complices, sans imaginer le futur ».

Le Petit Nicolas, Sempé – Photo : ©fC.

Paris le fascine, il s’y installe et vit au rythme de la capitale. Il côtoie Françoise Sagan, Jacques Tatie, Jacques Prévert, Savignac…, collabore avec Patrick Modiano ou son ami Patrick Süsking. De la presse, il ira à l’édition et publiera un nombre étonnant d’albums.

Sempé, c’est un peu une institution, un phénomène tout à fait étonnant pour un homme encore bien vivant, dont l’œuvre s’expose déjà dans le monde entier. Une oeuvre un peu à l’image de l’affiche de l’exposition, elle suscite le hasard d’une rencontre pleine d’attention et de courtoisie au milieu d’un labyrinthe désert…

L’exposition est visible jusqu’au 31 mars, courrez-y…


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