Ciné/Une vie cachée

C’est le film à voir ! Boudé par la croisette qui a préféré décerner sa palme d’or à Parasite, l’histoire qu’il raconte, tirée de faits réels, n’est pas politiquement correcte. C’est celle d’un objecteur de conscience autrichien, Franz Jägersträtter, qui, pendant la seconde guerre mondiale, refuse de prêter allégeance au Führer et de se battre auprès des nazis. Âmes sensibles s’abstenir, le film est dur, exigeant.

D’un point de vue cinématographique, Terrence Malick mise sur les images. Superbes. Les plans fonctionnent comme des tableaux, des photographies qui se superposent comme autant de touchent impressionnistes qui, soutenues par la musique,  évoquent aussi bien les années de guerre que les angoisses des personnages, notamment celles de Franz. Certaines scènes gaies, soutenues par ces plans « saccadés », soulignent l’imminence du drame.

Franz est fermier, avec Fani sa femme, ils ont bâti leur nid à flanc de montagne. Ils y vivent au rythme des saisons, de la terre, avec leurs trois enfants, la mère de Franz et la sœur de Fani. Quand la guerre éclate, Franz rejoint l’armée, il est entrainé, mais reste loin du front. Au moment de la démobilisation, il est frappé par les images de la guerre, de la victoire allemande et s’inquiète de voir le pays sombrer dans la folie. De fait, une autre guerre commence avec l’occupation de la France et l’extension du nazisme et ses aberrations qui viennent se perdre jusque dans ce village de montagne. Franz résite. Peu à peu, conscient de sa propre responsabilité dans le déroulement de l’Histoire, il comprend qu’il refusera de prendre les armes pour une guerre injuste, suscitant l’animosité des villageois.

Peu de paroles, peu de dialogues : le soutien de Fani à son mari se transmet en un regard, une étreinte. Tout le film est d’une sobriété magique, tout en retenu et pourtant tellement explicite sur les évènements qui s’acharnent.

Bien sûr, Franz sera emprisonné pour haute trahison, isolé, torturé physiquement et psychologiquement. Et ses bourreaux lui demandent inlassablement s’il croit que ce qu’il fait sert à quelque chose, s’il croit qu’il pourra, par sa résistance obstinée, sauver le monde. Mais pour Franz, qui mesure toutes les conséquences de ses actes, il s’agit juste d’être fidèle à sa conscience, de faire ce qui est juste. Au tribunal, un de ses juges le fait venir entre deux audiences. Il est bouleversé par l’attitude de cet homme qui ne transige, ni ne marchande. Que ce soit avec lui-même, avec sa foi. Ou avec Dieu.

A son avocat qui lui explique qu’il n’a qu’à signer un document dans lequel il accepte de prêter allégeance pour recouvrer la liberté, il répond avec une candeur désarmante : « Je suis libre », avant de repartir les fers aux pieds vers sa cellule. Si on ne choisit pas les circonstances de sa vie, on est libre de choisir les actes que l’on pose.

Sa femme restée à la ferme, ses filles, ne sont pas épargnées. Chaque main tendue, trop rare, est un baume. Les deux destins sont étroitement unis par l’amour qui les lie jusqu’au bout l’un à l’autre, par un consentement mutuel aux choix de Franz, qui est une force irrépressible. « Un jour nous comprendrons tout cela », espère Fani.

J’aurais envie de vous en dire tellement plus… On désire jusqu’au bout que l’issue ne soit pas fatale. Le fil s’achève sur cette citation de George Eliot, titrée de son livre Middlemarch :

« Le fait que les choses n’aillent pas aussi mal pour vous et moi qu’il eut été possible est dû pour une grande part à ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que l’on ne visite plus ».

Plus de quatre semaines après sa sortie, la salle où j’ai visionné ce film était comble.

3 commentaires sur “Ciné/Une vie cachée

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  1. Oui j ai bien aimé et admiré la détermination et le courage de cet homme et de sa famille, en particulier de sa femme. En revanche, le côté Heidi et le scénario sont assez convenus. Le revirement de l attitude des villageois à la fin du film
    en dit long sur l étroitesse d esprit des gens et la tolérance en général.
    Oui c est un film
    a voir, mais je comprends qu il ait été boudé par la croisette car les paysages (décors des montagnes en studio) et jeu des acteurs font vraiment très conventionnels et un peu vieillots !

    J'aime

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