Expo/Gemito, le réalisme de l’âme

Sculpteur adulé de son vivant, le napolitain Vincenzo Gemito est tombé en France dans un oubli immérité. Le Petit palais offre de redécouvrir les œuvres et le parcours de cet artiste atypique dans une très belle exposition.

 
Vincenzo Gemito. Berger des Abruzzes (Pastore degli Abruzzi), vers 1873, bronze – En arrière plan, Joueur de cartes [Il giocatore], vers 1869, bronze – Photo : ©fC.

Abandonné par sa mère, Vincenzo Gemito est adopté par une femme pauvre, il vit dans la rue « de petits métiers ». Il s’attache à observer « les artisans qui fabriquent les personnages pour les crèches, dans le quartier de San Gregorio Armeno ». A l’âge de 13 ans, il se présente chez un sculpteur avant d’entrée à l’académie. Il n’a alors que 14 ans. Sa première œuvre, le Joueur de cartes, présente un gamin en guenille, concentré, trois cartes à la main. C’est une sculpture des plus réalistes, sans concession, de ce qui fait la vie quotidienne des miséreux de la ville. Le détail des expressions, la vivacité et la puissance novatrice sont déjà entièrement contenus dans ce premier bronze. Il est tout de suite remarqué par la maison royale qui achète l’œuvre. Le succès ne le quittera plus.

Il réalise avec la même maitrise technique des têtes d’enfants en terre cuite, « l’argile restera le matériau préféré de Gemito, avec lequel il modèlera sa vie durant », saisissant d’énergie, de vie. Il allie à la fraicheur et à la nouveauté de ses sujets une virtuosité technique et, dès l’âge de 22 ans, réalise sur commande des bustes d’artistes. Celui de son maître Domenico Morelli, ou encore celui de Giuseppe Verdi, alors à Naples pour la production au Théâtre San Carlo de ses opéras Don Carlos et Aïda, qui lui apportera une célébrité immédiate.

Vincenzo Gemito. Pêcheur napolitain [Pescatore napoletano], 1876-1877, plâtre – Photo : ©fC.

En 1877, Gemito a 25 ans. Il présente au salon de Paris son Pêcheur Napolitain qui fait scandale par son réalisme. On parle d’un « crétin » sur son rocher, ou d’un « petit monstre », mais le public se précipite, les journaux relaient et la sculpture est finalement un très grand succès. Partout, ses œuvres déchaînent les passions.

En 1881, la mort de Mathilde, sa compagne française est une épreuve qui l’ébranle. Il rencontre Anna Cutolo. Elle pose pour les peintres, il l’épouse et elle devient sa nouvelle muse. Une commande du Roi Umberto Ier d’une statue monumentale de Charles Quint achèvera de fragiliser l’artiste qui commence à entrer dans la folie. Il est interné. Il passera ensuite vingt ans chez lui, ne sortant qu’à peine, continuant inlassablement à travailler. Son œuvre évolue. Il dessine davantage passant de l’esquisse au dessin, dans une modernité de traits très spectaculaire, rendant « à l’artiste reclus toute sa liberté, celle d’innover ». Côté sculpture, la taille de ses œuvres se réduit, « les formes et les lignes se maniérisent, pour insister davantage sur les détails, comme dans un travail d’orfèvre ».

Vincenzo Gemito, fusain – Photo : ©fC.

Le goût de Gemito pour la technique de la fonte à la cire perdue « date certainement de son enfance et de la découverte des statues en bronze de Pompéi ». En 1883, le baron de Mesnil fait construire pour Gemito une fonderie. Avec son beau-père, Masto Ciccio, il produit « de splendides fontes à la cire perdue ». Tout au long de l’exposition, et c’est aussi un de ses intérêts, plusieurs œuvres sont présentées dans leur version plâtre et bronze. C’est le cas par exemple, du Pêcheur napolitain ou de certains bustes d’artistes. Un atelier présente de façon pédagogique la technique de moulage.

 
Moule en plâtre et bois avec l’empreinte souple et la cire appliquée à l’intérieur. Réalisé à partir de la reproduction de la sculpture de Vincenzo Gemito. Buste de Domenico Morelli. Réalisation : Fonderie Chapon – Photo : ©fC.

A partir de 1910, fasciné par la figure d’Alexandre Le Grand à qui il s’identifie, il se tourne vers la Grèce antique, il réalise notamment une méduse, cette femme aux cheveux de serpents… Il meurt à Naples le 1er mars 1929.

C’est la première fois qu’une exposition est consacrée Vincenzo Gemito hors d’Italie et vous pourrez découvrir ses terres cuites, ses bronzes et ses dessins jusqu’au 26 janvier 2020.

Premier plan : Vincenzo Gemito. Petit Malade (Malatiello), 1870, terre cuite – Photo : ©fC.

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