Livre/14, Jean Echenoz

L’histoire de ce livre commence par hasard : « Je suis tombé sur des carnets de guerre d’autant plus inédits qu’ils faisaient partie d’un lot de papiers de famille que j’ai aidé à ranger après une disparition », raconte Jean Echenoz. Au départ, juste de la curiosité. Il approfondit. A l’arrivée, un roman petit par la taille, 124 pages, mais ciselé. Des scènes inoubliables, des héros qui n’en sont pas, une pudeur attentive et le charme intangible de son écriture très visuelle, si particulière.

« Il règne une drôle d’ambiance disharmonieuse dans cette chambre, pourtant si calme et bien rangée. Sur son papier peint fleuri légèrement décentré, des cadres enserrent des scènes locales – barges sur la Loire, vie des pêcheurs à Noirmoutier – et les meubles témoignent d’un effort de diversité forestière tel un arboretum : bonnetière à miroir en noyer, bureau en chêne, commode en acajou et placages de bois fruitier, le lit est en merisier et l’armoire en pitchpin. Drôle d’atmosphère, donc, dont on ne sait si elle tient à la disjonction – inattendue dans une maison bourgeoise en principe soigneusement tapissée – des lais de ce papier peint passé dont les bouquets fanent en mesure, ou à cette surprenante variété mobilière de bois : on se demande d’abord comment des essences si diverses peuvent s’entendre entre elles. Et puis on le sent très vite, elles ne s’entendent pas du tout, elles ne peuvent même pas s’encaisser – d’où sans doute cette ambiance, cela doit venir de là ». Voilà pour le style, qui fait étrangement du lecteur le premier interlocuteur de l’histoire…

De l’histoire, comme à mon habitude, je vous dirais peu, préférant vous laisser la découvrir. Cependant, je peux vous dire qu’avec 14, Jean Echenoz ne raconte pas l’horreur des tranchées. Il raconte. C’est tout. Il raconte le pire et le meilleur, les illusions, « c’était l’affaire de quinze jours », les amitiés, les nouveaux absents, tout ce qui pèse, sur le front, beaucoup plus lourd « quand il s’est mis à pleuvoir »… La désinvolture du ton, le détachement du style, l’histoire écrite recto tono, pourtant tout en nuances, ce qui est un peu sa marque de fabrique et qui n’exclut ni un profond respect, ni l’humour si bien à ajustés à l’absurdité de la guerre. « J’ai eu envie d’essayer de faire apparaître dans un texte assez court la plupart des éléments qui m’avaient frappés mais en les traitant d’une façon plus resserrée, plus tendue, plus allusive, tout en tâchant de restituer l’ampleur du phénomène », explique l’auteur. Avec Jean Echenoz, la grande guerre n’en mène pas large. L’insignifiant devient essentiel.

J’ai beaucoup de tendresse pour ce livre…

A la suite d’Anthime et de ses compagnons d’infortune, on entre dans le récit la fleur au fusil, on découvre la guerre au coin d’un bois. « C’est peu après avoir fait connaissance avec cet écho de la fusillade qu’on est entré en pleine ligne de feu, dans un vallonnement un peu au-delà de Maissin. Dès lors il a bien fallu y aller : c’est là qu’on a vraiment compris qu’on devait se battre, monter en opération pour la première fois mais, jusqu’au premier impact de projectile près de lui, Anthime n’y a pas réellement cru (…) ».

Enfin, le chapitre 13 reste ancré dans ma mémoire. Désarmant, désarmé, abyssal. J’ai beaucoup de tendresse pour ce livre.

Et puis, la vie continue… C’est finalement sur cette note que se termine le roman.

Fiche technique du livre
Auteur : Jean Echnoz
Editeur : Les éditions de minuit, 2012
Nb de pages : 124 pages
Genre : Roman

Photo : Greg Montani de Pixabay

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :