Ciné/So long, my son

C’est un film d’une rare densité, une fresque chinoise qui s’étend sur une quarantaine d’années ; en fond, l’évolution de la Chine contemporaine.

Si on met du temps à comprendre ce qui se joue, on y entre d’instinct, côtoyant dès l’abord les abîmes intérieurs des personnages. Liyun et Yaojun sont un couple heureux, entouré d’amis. Leur vie bascule quand la Chine communiste instaure sa politique de l’enfant unique.

La mise en scène rigoureuse, le jeu subtil des caméras contribuent à saisir, avec beaucoup de délicatesse et de retenue, toute l’intensité du drame qui se joue.

Des plans longs, précis, parfois fixes, construits sur un rythme lent souvent oppressant, qui traquent les fêlures, la douleur de personnages menacés par la folie ou qui cherchent à en finir. Une économie de mots qui provoque l’empathie et oblige à entrer profondément dans les sentiments où chacun essaie de trouver sa rédemption. Des questions suspendues, des rêves brisés dont ni l’éloignement, ni les évolutions de la Chine n’auront raison. La mise en scène rigoureuse, le jeu subtil des caméras contribuent à saisir, avec beaucoup de délicatesse et de retenue, toute l’intensité du drame qui se joue. Rien ne semble laissé au hasard. Le quotidien est brossé en quelques gestes. Certaines scènes se répètent, filmées sous des angles différents, le récit en flashbacks incessants rythmés par l’âge des enfants, les marques des visages ou les cheveux blancs, rapprochent encore le spectateur du cœur de ce qui se dénoue, car s’est bien ce qui se passe, au fur et à mesure des images.

Je pense à cette scène. Un soir de nouvel an chinois, alors qu’on entend encore claquer les feux d’artifice, derrière une vitre dépolie, décorée de liserés rouges, on entend les rires et la joie des retrouvailles. On distingue les silhouettes. Et puis la caméra passe de l’autre coté de la fenêtre pour peindre la brisure de ces amis, leur culpabilité, l’impasse dans laquelle ils se trouvent face aux évènements, à leur propre implication dans ce qui s’est passé. C’est tout un cercle de résonances qui est esquissé.

Il y aurait tant d’autres scènes à citer de ce film tout en émotions, d’une puissance remarquable.

Wang Xiaoshuai, le réalisateur, a eu l’idée du film en 2011 alors que le gouvernement chinois décide l’abandon de la politique de l’enfant unique. « J’ai été positivement étonné parce que j’avais tenu pour acquis que la politique de l’enfant unique durerait encore longtemps et marquerait plusieurs générations », explique-t-il.

Les deux acteurs principaux, Yong Mei et Wang Jingchun ont respectivement reçu l’ours d’or de la meilleure actrice et du meilleur acteur du 69ème festival du film de Berlin. Des récompenses amplement méritées.

Sorti le 24 juin dernier, il n’est plus visible que dans quelques salles. Si vous en avez l’occasion, ne le ratez pas.

Bande annonce

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :