Expo/Fellini rêve Picasso

Extrait du Livre de mes rêves de Federico Fellini – Photo ©fC

Curieuse exposition à la Cinémathèque française qui propose une rencontre entre deux artistes, deux personnages qui, quoique contemporains ne se sont rencontrés… sinon dans les rêves de l’un d’eux ! Dans son Livre de mes rêves, que le producteur de cinéma tient de 1960 jusqu’en 1990, trois ans avant sa mort, le peintre apparaît à trois reprises, toujours à des dates importantes, chaque fois encourageant et rassurant. En 1962, l’époque éprouvante de 8 ½ : « Giulietta et moi sommes invités chez Picasso, on y est très bien, on mange et on boit dans la joie. Tout est simple, familier, antique, quelle paix, quel réconfort ! », note-t-il. En 1967, alors qu’il s’enlise dans le Voyage de G. Mastorna qui ne sera jamais achevé, « toute la nuit avec Picasso, qui me parlait… Nous étions très amis, il me témoignait beaucoup d’affection, comme un frère aimé, un père artistique, un collègue qui m’estime son égal, quelqu’un de la même famille, de la même caste… » Et enfin en 1980, lorsqu’il élabore La cité des femmes. C’est à partir de cette rencontre imaginaire que l’exposition se met en place.

Federico Fellini sur le tournage de la Dolce Vita

Ancien caricaturiste pour l’hebdomadaire Marc’Aurelio où il commence sa carrière, c’est dans les feuillets où il consigne ses rêves, les racontant en mots et en illustrations soignées, signe de l’importance qu’il accorde à ces notes, que Federico Fellini puise le matériau de ses films. Ce qu’attestent, les ambiances de rêves, de personnages qui s’endorment, se perdent dans des mondes brumeux, dont ses films débordent…

« Le cinéma est peinture avant d’être littérature ou dramaturgie », explique le réalisateur Federico Fellini.

Les deux hommes entrent en dialogue à partir de thèmes commun. L’archéologie par exemple : Picasso sera fasciné par son séjour à Pompéi. Fellini à son tour produit Roma et Satyricon, un film sur la décadence de Rome dans lesquels il utilise des décors inspirés des fresques de la ville sicilienne. Encore une fois, ce sont plutôt de grands tableaux mouvants.

Photo ©fC

La femme, dont Fellini garde une image très adolescente, « est l’entité autour de laquelle gravite la planète Fellini, mais aussi le soleil picassien », explique Audrey Norcia, historienne de l’art et commissaire de l’exposition. Tour à tour muses, inspiratrices, tentantes, fascinantes ou monstreuses… il n’y a que son épouse, l’actrice Giulietta Masina, petite de taille, mais grand et seul amour de sa vie, que le cinéaste dessine petite…

« Quelle est la composante essentielle de la peinture ? La lumière me direz-vous », Federico Fellini.

Affiche La Strada, Fellini – Photo ©fC

L’autre grand thème, très bien mis en valeur par la scénographie de l’exposition, est celui du cirque dont la figure la plus importante est celle du clown, autour du grand film qu’est La Strada. Pour le cinéaste, d’un côté il y a le clown blanc, qui représente l’autorité tournée en ridicule, c’est un clown triste, sarcastique. De l’autre se trouve l’auguste avec son nez rouge, figure du gamin qui se roule par terre. Fellini estime que, d’une certaine façon, le monde peut se répartir entre ces deux catégories, et que chacun est un mélange des deux. Dans le film documentaire, Les clowns, il les fait jouer ensemble dans la dernière scène comme pour marquer leur réconciliation. Pour le cinéaste, Picasso est un « auguste triomphant ». Le peintre de son côté, se peindra à plusieurs moments de sa vie sous les traits de l’Arlequin.

Photo ©fC

« La lumière c’est un pinceau. Avec quatre lampes, on peut créer un univers », Federico Fellini.

Arlequin, Picasso – Photo @fC

Quant au cinéma, Picasso n’est pas en reste. Outre qu’il se prête aux documentaires, il met aussi en scène un unique film La Mort de Charlotte Corday, coréalisé avec Frédéric Rossif en 1950 à l’atelier de Vallauris. « Le film, aujourd’hui perdu, n’a jamais été montré au public », explique Audrey Norcia. Seuls quelques amis choisis l’ont visionné, quelques photos de tournage échappent à l’oubli, ainsi que des pièces d’archives.

Vraiment, aucune rencontre entre les deux hommes qui pourtant se croiseront deux fois au festival de Cannes. En 1957, ils montent les marches ensemble, mais le peintre semble avoir été happé par les journalistes au moment où ils auraient pu être présentés l’un à l’autre. Autre opportunité manquée en 1961. Sans doute ont-ils échangé un regard, jamais ils ne se parleront.

N’en déplaise aux aficionados, si j’ai été remuée par la Strada et si j’ai apprécié Ginger et Fred, je ne suis pas certaine d’avoir envie de plonger dans l’univers onirique, burlesque, des films, d’ailleurs pas toujours bien reçus par la critique, du cinéaste. Chez Fellini, on trouve du meilleur et du pire : le rêve, avec toute sa dimension psychique, peut-il être à ce point une source d’inspiration ? Côté Picasso, j’apprécie certaines œuvres, mais là encore, je suis loin d’être à l’aise. J’ai une préférence marquée pour Braque, son contemporain, dont j’apprécie énormément la quête créative aux multiples visages. Elle irradie ses toiles. Les deux peintres ont passé toute une période très cubiste ensemble dans laquelle Braque ne s’est jamais enfermé. Cependant, j’apprécie le dialogue instauré par l’exposition entre le peintre et le cinéaste, et leur quête conjointe pour trouver un passage artistique qui leur soit propre.

Photo ©fC

Et vous avez jusqu’au 22 juillet pour aller la voir…

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