Livre/Salina, Laurent Gaudé

« Il parle d’une femme dont il ne peut rien savoir, un femme qui lui ferait peur s’il l’avait devant lui. A cet instant, l’émotion le saisit : il comprend que durant sa vie de mère, elle a tout fait pour lui épargner les cris. Elle les a tordus en elle, les a fait taire, les a ravalés au fond de sa gorge pour ne pas les lui transmettre. Elle a lutté pour que son fils, jamais, ne sache ce que c’est que de les avoir pour seuls compagnons. Alors il salue en son esprit cette Salina qu’il raconte, la femme enragée, violente, et la remercie de s’être effacée pour le laisser grandir ».

Bébé épargné par les hyènes, femme de rage et de vengeance, Salina, le sel des larmes, est morte. Et le livre balance entre la mer sur laquelle repose le corps embaumé de Salina en route vers sa dernière demeure et le désert d’Afrique, l’aridité, la solitude de la vie de cette femme condamnée à l’exil. Son fils, au fil de l’eau, en route pour cet ultime voyage, escorté d’un cortège de barques, raconte.

« Je sais, moi, qu’une guerre ne s’achève vraiment que quand le vainqueur accepte de perdre à son tour. C’est pour ça que je suis venue Salina »

Ce livre, qui possède une puissance onirique et poétique magique, est celui de la violence et de la haine qui habitent de la vie de Salina, femme contrainte, humiliée, devenue guerrière avide et sauvage. Le contexte de la narration sert parfaitement le récit et donne d’accéder à la sérénité enfin conquise de cette femme rebelle. Comme un conte, un mythe puisé aux origines de l’humanité, l’histoire possède aussi sa propre force de rédemption. Elle se manifeste de façon particulièrement émouvante quand Salina, alors qu’elle n’a plus d’espoir, rencontre Alika, la femme de celui qu’elle a toujours aimé : « Oui, tu as perdu. Ton corps aujourd’hui le montre, avec son usure et ses rides ? Tu as été humiliée. Pour toi, il ne reste rien, je le sais. Je pourrais m’en réjouir (…) Je sais, moi, qu’une guerre ne s’achève vraiment que lorsque le vainqueur accepte de perdre à son tour. C’est pour ça que je suis venue Salina ». Alika joint un geste à sa parole, le geste rare d’une femme sage, d’une femme de cœur qui rend à Salina toute sa dignité et ses capacités d’aimer. En même temps, il donne au texte toute sa puissance et son émotion. J’avoue, là j’ai pleuré. Ce qui quand même est rare !

Un petit livre à savourer, un portrait de femme impétueux.

Fiche technique du livre
Auteur : Laurent Gaudé
Editeur : Actes Sud, 2018
Nb de pages : 150 pages
Genre : Roman

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